
Le Pimandre d’Hermès Tristmégiste a été traduit du grec en langue française en 1574, par François de Foix de la famille de Candalle. Il s’agit d’une discussion entre Trismégiste et Pimandre.
Le Pimandre est un texte qui présente une vision cosmogonique où Dieu, principe éternel et divin, est à l’origine de toute existence (pensée, nature, matière, sagesse). Au départ, tout est chaos et ténèbres dans l’abîme, avec l’eau et un esprit subtil. Par la puissance divine, la sainte lumière surgit et permet aux éléments d’émerger de l’essence humide. Les éléments légers montent, les lourds descendent sous l’arène humide, et le feu sépare et organise le reste, soutenu par l’esprit. Le ciel se structure en sept cercles, les dieux se révèlent dans les astres et leur attribuent des signes. Enfin, le monde est délimité par l’air, mis en mouvement par l’Esprit divin.
Dans le livre, le Saint Verbe (la Parole divine) agit sur une nature humide primordiale. De cette matière, le feu pur s’élève en premier, car il est actif, vif et léger; l’air agile le suit. La terre, quant à elle, reste cachée dans l’eau, les deux éléments demeurant entremêlés. La lumière qui en émane est identifiée à la Pensée divine, à Dieu même, plus ancien que la nature humide et brillant dans les ténèbres. Le « Verbe lumineux » est présenté comme le Fils de Dieu, principe organisateur et révélateur issu de cette lumière divine.
Extrait
Le Premier est Dieu éternel et non engendré, créateur de toutes choses, le second lui ressemble et est par lui inspiré, nourri, et fait immortel. L’éternel diffère de l’immortel en ce qu’il n’est fait d’autre chose que lui-même et qu’il existe toujours. L’éternel crée l’universel. Le père est par lui-même éternel et le monde a reçu de lui la vie perpétuelle et l’immortalité.
Ce passage rappelle, de façon frappante, la distinction que l’on trouve dans certaines traditions hindoues entre Parabrahmā, l’Absolu non engendré, et Brahmā, le dieu-créateur qui en émane. « Le Premier est Dieu éternel et non engendré, créateur de toutes choses » correspond à Parabrahmā, principe suprême qui n’a pas de cause et existe par lui-même, au-delà de toute génération. « Le second lui ressemble et est par lui inspiré, nourri, et fait immortel » évoque plutôt Brahmā, qui tient son existence, son pouvoir et son immortalité du Premier, sans être lui-même la source ultime. La différence entre « éternel » et « immortel » illustre bien cette hiérarchie : l’éternel n’est fait d’autre chose que de lui-même et existe toujours, tandis que l’immortel reçoit la vie perpétuelle d’un autre. Ainsi, le Père éternel (Parabrahmā) crée l’universel, et le monde, à travers Brahmā, reçoit de lui la vie et l’immortalité, sans pour autant atteindre le statut de source première.
Quelques extraits
- « Écoute. Ce qui voit et entend en toi, c’est le Verbe du Seigneur ; la pensée, elle, est Dieu le Père. Ils ne peuvent être séparés l’un de l’autre, car leur union est la vie. Regarde cette lumière et cherche à la comprendre ! »
- » La terre était de nature féminine et l’eau, génératrice ; la maturité ou la chaleur fut prise du feu, et l’esprit ou le souffle, de l’air. La nature produisit alors les corps de forme humaine. L’âme fut donnée à l’homme par la vie, et l’intelligence par la lumière. Ainsi, tous les membres du monde sensible demeurèrent en cet état jusqu’à la fin du cycle. »
- « Dieu enveloppe et pénètre tout ; la pensée enveloppe l’âme, l’âme enveloppe l’air, et l’air enveloppe la matière. La nécessité, la providence et la nature sont les instruments du monde et de l’ordre matériel. Chaque réalité intelligible est une essence, et cette essence constitue une entité. »
- » Chaque corps de l’univers est multiple, mais les corps composés sont identiques dans leur fond : tout en se transformant les uns les autres, ils conservent toujours l’incorruptibilité de leur essence. »
- » La pensée gît dans la raison, la raison dans l’âme, l’âme dans l’esprit, l’esprit dans le corps. L’esprit pénètre par les veines.
- La science est une part de Dieu, car toute science est incorporelle. Elle se sert de la pensée comme d’un instrument, et la pensée se sert du corps. L’une et l’autre se retirent dans le corps, qu’il soit intelligent ou matériel.
- Le Pimandre
- Hermès Tristmégiste
- Éditions de la sirène, 1920
- En français
Regard sur l’ouvrage

J’ai beaucoup aimé ce livre, malgré sa brièveté : avec seulement 125 pages, il parvient à condenser une richesse conceptuelle rare. Son contenu, à la fois dense et poétique, explore des thèmes profonds comme la nature divine, la structure du cosmos, les liens entre pensée, âme, esprit et matière, tout en esquissant une vision du monde qui rappelle à la fois la métaphysique ancienne et certaines intuitions modernes.
Encore une fois, c’est un ouvrage qui doit être connu puisqu’il discute à nouveau de concepts que le monde moderne sera porté à oublier. L’importance des 5 éléments, de la conscience et ce mystérieux jet de lumière (Ein sof) qui ont créés ce monde pourraient être au centre de discutions mais, hélas, les discutions sociétales sont ailleurs et je remercie les bibliothèques du monde entier qui prennent le temps de numériser d’anciens ouvrages afin de nourrir cette partie assoiffée de connaissance que j’essaie, tant bien que mal, d’apaiser.
