
De Beaudoin Burger
À la recherche du sens perdu des mots
L’essai propose d’interroger le sens des mots en revenant à leurs racines, aux locutions qui les portent et à leur «malléabilité sonore». Il mise sur les associations phonétiques et sémantiques, y compris le calembour et les rapprochements entre mots semblables, pour faire émerger un «nouveau» sens qui, selon l’auteur, était déjà latent dans la langue.
Le texte rappelle que le langage est polysémique : la plupart des mots admettent plusieurs sens. Il ancre la langue dans le corps en notant que respiration et parole utilisent des organes semblables, et que le «son» est une partie codifiée des bruits naturels de la respiration. Dès l’origine, la langue est donc pensée à la fois comme organe et comme système d’expression.
La répétition de phonèmes, de syllabes ou de mots crée un rythme qui facilite la saisie et la mémorisation du message. En exploitant les sons pour viser un effet, on réduit l’écart entre langue populaire et langue poétique, suggérant une continuité plutôt qu’une opposition stricte.
En examinant la langue par sa sonorité ou son graphisme, l’essai soutient que la définition officielle des mots reste incomplète et que nous interprétons les mots de multiples façons. Il attribue au langage un «pouvoir magique» lié à la parole, et rapproche ce pouvoir de la parabole, comprise comme explication du réel par un langage métaphorique, d’où serait issu le mot «parole».
Une idée centrale est que l’anagramme de LIRE est LIER, résumant la lecture comme un acte de liaison : lier dessins et sons, lettres pour former des mots, mots pour construire phrases et réflexion. L’auteur note que la même racine indo-européenne mène à «lire» et «intelligence», dessinant un réseau de signes unis par l’origine ou le sens. En latin, legere («lire») renvoie à cueillir, distinguer et rassembler, élargissant ainsi la lecture à l’idée de comprendre.
En filigrane, l’essai défend l’idée que le sens n’est pas seulement dans les définitions, mais dans les jeux de sons, les liens entre mots et les racines partagées : en «jouant» avec la langue, on révèle des connexions qui éclairent la pensée.
Extraits
- Le sentiment, c’est ce qu’on ressent et l’É-MOTION c’est ce qui est en mouvement. Elle est donc en relation étroite avec la vie qui, elle, est dynamique et évolutive par sa nature même. Émouvoir, c’est mouvoir quelque chose en moi ou chez l’autre. Nous dirons facilement que les émotions sont le moteur de nos actions. De fortes émotions et nous avons l’impression de « geler », de ne plus sentir la vie qui nous anime.
- Le mot sentiment sous-entend habituellement le sentiment du cœur, ce qui le distingue du sens général de émotion. AVOIR DU SENTIMENT pour quelqu’un, c’est avoir de l’attirance à son endroit, souvent l’aimer. Les battements du cœur sont le baromètre de ce que nous ressentons. Mais parfois LE SENTI MENT. Par exemple, ce que nous éprouvions pour l’autre comme de l’aversion, en était-ce réellement ?
- Dieu ne s’appelle pas dieu ! Mais pour dire l’existence de l’Être suprême, il nous faut quand même le nommer. Nous pouvons nous approcher de Son Nom véritable. AU NOM DE DIEU est une façon de l’invoquer sans le dire. À la suite de Socrate et des philosophes grecs, à la suite des kabbalistes et des soufis, nous savons que seuls quelques initiés et mystiques peuvent dire le Nom.
- Le UN c’est l’Être, tandis que le ZÉRO c’est le Non-Être. Parce que c’est à partir du « 1 » que tout commence, les Européens durent se contenter de calculs sommaires jusqu’à la fin du Moyen Âge. En effet, l’emploi du « 0 » fut longtemps interdit par l’Église qui l’associa un moment au diable, mais les marchands l’imposèrent car il facilitait grandement les calculs.
- La langue des oiseaux: À la recherche du sens perdu des mots
- Beaudoin Burger
- Éditions Louise Courteau, 2010
- En français
Regard sur l’ouvrage

J’ai personnellement connu Beaudoin Burger. On se tenait compagnie pendant les longues heures de séances de signatures d’auteurs, durant les salons du livre à Montréal et Québec. C’était intéressant de parler de sociétés secrètes avec lui. Un homme bien sympathique qui a beaucoup contribué à faire connaître la langue des oiseaux chantant à l’oreille.
J’ai beaucoup aimé ce livre : il est court, mais très dense en idées et en informations. L’auteur ne se contente pas d’affirmations générales, on sent que l’auteur a fait de vraies recherches étymologiques, notamment en latin et en évoquant des racines indo-européennes qui relient «lire » et « intelligence », ce qui suppose aussi une connaissance du grec et des grandes familles de langues. L’approche par le son, le rythme et les jeux de mots rend la réflexion à la fois accessible et stimulante, et donne envie de relire les mots ordinaires avec une oreille et un œil neufs.
