
De Annick de Souzenelle
Le Livre de Job a depuis longtemps suscité les interrogations des traditions juive et chrétienne, notamment autour de la question du mal et de la souffrance d’un homme juste. Dans cet ouvrage, Annick de Souzenelle propose une lecture originale de ce récit en croisant les racines des mots hébraïques, la psychologie des profondeurs, la symbolique, la mythologie et la théologie chrétienne.
L’auteure interprète les épreuves de Job comme un chemin initiatique plutôt que comme une simple histoire de souffrance. Sa descente dans les profondeurs représente une transformation intérieure au cours de laquelle Job doit abandonner le « vieil homme » en lui pour accéder progressivement à une nouvelle conscience et à la Lumière.
Contenu
Pour l’auteure, la Bible forme un ensemble cohérent et Job doit être lu en relation avec le récit d’Adam et Ève. Elle revient sur le serpent et sur le rôle d’Ishah, généralement traduit par « femme » ou « épouse ». Dans son interprétation, Ishah ne désigne pas seulement la femme biologique : elle représente le féminin intérieur d’Adam, une dimension encore « inaccomplie » qu’Adam doit intégrer afin de faire naître en lui « l’enfant divin ».
L’auteure relit alors la Chute comme un processus intérieur. Adam et Ishah prennent le fruit et, symboliquement, l’être humain reproduit constamment ce geste lorsqu’il se laisse séduire par les différentes « séductions du monde ». Nous croyons alors être libres dans nos choix alors que nous pouvons être dirigés par des forces inconscientes qui nous habitent. La conséquence de la Chute n’est donc pas présentée comme une punition divine, mais comme le résultat naturel d’énergies que l’être humain utilise contre lui-même. Cette lecture prépare directement le parallèle avec Job : les épreuves de Job vont devenir une nouvelle occasion de retourner vers ce qui, en lui, est encore inconscient et inaccompli.
Ici, l’auteure développe davantage la symbolique du masculin et du féminin. Elle explique que, dans le langage biblique, ces deux dimensions ne doivent pas être comprises uniquement selon le sexe biologique. Elle les rapproche notamment du principe du yin et du yang : quelque chose peut être féminin par rapport à un élément et masculin par rapport à un autre.
Annick de Souzenelle pousse ensuite cette idée beaucoup plus loin : toute la Création est féminine par rapport à Dieu, puisque Dieu est présenté comme celui qui se révèle à travers elle. Il ne s’agit donc pas, selon elle, de dire que Dieu possède biologiquement un sexe masculin, mais de distinguer des opérations ou des polarités masculines et féminines dans le processus de création. L’être humain, homme ou femme, porte ainsi en lui une possibilité de fécondité spirituelle. L’image de la maternité devient alors symbolique : nous sommes appelés à « enfanter » quelque chose en nous, un « fils intérieur ». Ainsi, le parcours de Job sera lui aussi une gestation intérieure, une transformation qui doit permettre à un nouvel être de naître en lui.
Lors du fameux passage de la rencontre entre YHWH et Satan. Madame Souzenelle présente Satan comme « l’Adversaire », mais insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas simplement d’une figure extérieure qui chercherait arbitrairement à faire souffrir Job. Satan participe au scénario qui doit conduire Job vers une transformation intérieure.
Job a déjà traversé plusieurs épreuves et il est désormais question d’aller encore plus loin : Satan reçoit la permission d’atteindre non seulement les possessions de Job, mais sa personne elle-même. Le texte biblique parle de « peau », et Souzenelle donne à ce mot une importance symbolique particulière. La « peau » représente ici la limite extérieure de l’être, mais aussi tout ce qui constitue l’homme dans son rapport aux forces instinctives et animales.
Elle établit ensuite un parallèle avec Adam et avec ce qu’elle appelle les différentes puissances intérieures de l’être humain : possession, jouissance et puissance.
La fin de la page introduit une idée très importante : Job arrive à un « jusqu’à », expression que Souzenelle relie au verbe hébreu ʿavad, « travailler », « labourer ». Le travail de Job devient alors comparable au travail de la terre. Il doit « labourer » son propre Adamah, c’est-à-dire travailler sa propre matière intérieure.
Annick de Souzenelle
Job sur le chemin de la Lumi`re
Éditions Albin Michel, 1994
Langue française
Avis de Jenny
J’ai trouvé dans ce livre une manière particulièrement riche d’aborder le Livre de Job. L’auteure comprend le texte dans une dimension à la fois spirituelle, psychologique, linguistique et initiatique, ce qui permet de dépasser la lecture classique du récit. Elle ne considère pas les épreuves de Job uniquement comme des événements extérieurs, mais comme les différentes étapes d’une transformation intérieure. Sa lecture nous amène ainsi à regarder autrement des notions comme le mal, Satan, la Chute, le corps, la souffrance ou encore la lumière. Le récit de Job devient alors un chemin de connaissance de soi, dans lequel chaque épreuve peut révéler une partie encore inconsciente de l’être.
Ce qui m’a particulièrement intéressée est la compréhension qu’Annick de Souzenelle apporte de la Bible au-delà de la simple lecture symbolique, grâce à sa connaissance très approfondie de l’hébreu. Sa lecture montre à quel point la langue originale peut transformer notre compréhension d’un texte biblique. L’auteur nous pousse à ne pas considérer la Bible comme un texte dont le sens serait définitivement établi, mais comme un texte qui peut continuer à révéler de nouvelles dimensions lorsqu’on retourne à sa langue d’origine.