
De Herbert Wendt
It Began in Babel retrace l’histoire des peuples et des civilisations depuis l’Antiquité, en mettant l’accent sur les migrations, les mélanges culturels et les échanges entre l’Afrique, l’Asie, l’Europe et le Proche-Orient. Le livre examine notamment les Sumériens, les Égyptiens, les Hébreux, les peuples indo-iraniens, les civilisations de l’Inde, les peuples des steppes, les Mongols ainsi que les sociétés africaines, tout en montrant comment les conquêtes, les religions, les langues, le commerce et l’esclavage ont contribué à façonner le monde.
Son idée centrale est que les civilisations ne se sont pas développées isolément : elles sont nées de contacts constants entre des peuples différents, même si certaines interprétations de l’ouvrage, notamment celles fondées sur les notions de « races » et de hiérarchie des civilisations, doivent être replacées dans le contexte intellectuel de l’époque et considérées avec prudence.
Au début du livre, l’auteur établit une sorte de chronologie qui s’étend tout au long du chapitre, en partant de la mythologie grecque, notamment à partir des récits d’Hérodote, jusqu’à la période préhellénique et aux Étrusques. Dès les premières pages, il pose une question fondamentale à partir d’un passage qui m’a déstabilisé :
« Aujourd’hui, nous savons que cet univers de mythes n’était à l’origine ni grec ni indo-européen ; il constituait un héritage culturel pré-grec, créé par un peuple qui demeure encore l’un des grands mystères de la recherche ethnologique et archéologique. De quelle population les Crétois préhelléniques étaient-ils les descendants ? Comment ont-ils pu développer leur culture minoenne des Titans sur leur île isolée ? Pourquoi et comment ont-ils soudainement disparu de l’histoire du monde, ne laissant apparemment aucune trace ? »
L’auteur parle longuement d’Hérodote. Il en dit qu’il séjournait souvent dans cette cité grecque, où il recueillit des informations sur les tribus berbères du désert afin d’explorer, indirectement, les régions inconnues de l’Afrique du Nord. Il y entendit parler de la Fata Morgana, des Amazones de Libye et d’un récit si extraordinaire qu’il semblait presque incroyable.
Quelques résumés d’extraits
- Le nom « Europe » dérive manifestement du mot sémitique septentrional ereb. Pour les habitants de l’Asie occidentale, ereb désignait tout ce qui était sombre et mystérieux ; ainsi, l’Europe était « la partie sombre de la terre ». Tout ce que nous pouvons déduire du mythe d’Europe et du taureau, c’est qu’un groupe de navigateurs, appartenant vraisemblablement à une même race et partageant une langue et une culture communes, vivait, durant les âges du Cuivre et du Bronze, sur les rivages et les îles de la mer Égée et — peut-être — également en Asie occidentale.
- À l’époque néolithique, période au cours de laquelle les cultures sahariennes apparurent, toute l’Afrique du Nord était peuplée d’immenses troupeaux d’animaux et couverte d’arbres et de steppes verdoyantes. Une population nomade à la peau claire, capable de lire et d’écrire, vivant de la pêche et de la chasse, nous a laissé d’innombrables témoignages de sa culture.
- Les explorateurs français Henri Lhote et M. Dalloni découvrirent des piliers, des pyramides et des inscriptions rupestres dans des régions très éloignées les unes des autres en Afrique du Nord. Les Allemands Leo Frobenius, Hugo Obermaier et Hansjoachim von der Esch étudièrent, dans les massifs du Hoggar et du Tibesti, d’innombrables représentations d’hommes et d’animaux d’un réalisme saisissant.
- Hassanein Bey et L. E. Almasy rassemblèrent de nombreuses preuves de l’existence d’anciennes cultures sahariennes, ce qui poussa certains chercheurs à considérer l’Afrique du Nord comme un possible berceau de l’humanité. Leurs découvertes comprennent des peintures d’animaux, des scènes de guerre et de vie quotidienne, ainsi que des constructions mégalithiques, des nécropoles, des citadelles et divers objets archéologiques. Elles révèlent une civilisation ancienne et développée, apparentée à certaines cultures européennes et proche-orientales, qui aurait vraisemblablement été organisée selon un modèle matriarcal.
- Il est possible que les Sumériens aient été un peuple métissé, comprenant des membres des anciennes classes supérieures indiennes qui se seraient dispersées de l’Indus jusqu’en Sumer. Il est tout aussi possible que leurs ennemis éternels, les Élamites, aient été un peuple métissé comprenant une classe supérieure iranienne ayant migré de la Perse vers l’Élam. De ces deux peuples serait née la civilisation babylonienne. Toutefois, après l’essor des Akkadiens et l’invasion d’Ur par les Amorites, vers la transition du IIIᵉ au IIᵉ millénaire av. J.-C., leurs descendants n’étaient plus sumériens ni élamites, mais sémites.
- Selon Strabon, la Judée « était habitée par des populations mélangées », d’origine égyptienne, arabe et phénicienne. Les ethnologues modernes ajouteraient que des tribus asiatiques anciennes, apparentées aux Subaréens antérieurs à l’Assyrie, y vivaient également, ainsi que des Hittites, des Hourrites et des Philistins égéens. Strabon laissait entendre que les ancêtres des Juifs étaient des Égyptiens — une théorie également avancée par certains chercheurs modernes, notamment Sigmund Freud, le père de la psychanalyse.
- À Babylone, la migration araméenne supplanta la domination sumérienne ; en Assyrie, comme nous l’avons déjà vu, l’arrivée des peuples araméens contribua à la fondation du dernier et du plus grand des royaumes assyriens. Les migrations des Araméens entraînèrent la création d’États sémitiques en Syrie et sur la côte orientale de la Méditerranée.
- Les Hébreux étaient des tribus sémitiques qui sont apparues en Palestine et en Syrie entre le XVe et le XIVe siècle avant J.-C. À l’origine, le mot « Hébreu » ne désignait probablement pas une race, mais plutôt un groupe social ou des personnes vivant dans une certaine situation. En arrivant en Palestine, les Hébreux ont rencontré plusieurs peuples déjà établis, comme les Cananéens, les Amorites et les Hourrites, qui possédaient leurs propres villes, cultures et traditions.
- Selon Sigmund Freud, Moïse et les premiers chefs religieux juifs seraient en réalité des Égyptiens de haut rang qui se seraient opposés à la religion officielle de leur pays. Il s’appuie notamment sur le nom « Moïse », qu’il considère comme égyptien, ainsi que sur l’origine égyptienne possible des Lévites.
- Les Philistins étaient soit des colons crétois, soit, à tout le moins, un peuple ayant traversé le monde créto-mycénien avant de s’établir en Palestine.
- Les plus anciens hymnes des Védas décrivent l’avancée d’aristocrates indo-iraniens et de diverses tribus auxiliaires en Afghanistan et dans le nord-ouest de l’Inde. Des hymnes plus récents montrent comment cette première colonie hindoue s’étendit progressivement vers l’est, jusqu’à la vallée du Gange, comment la caste sacerdotale acquit davantage de pouvoir et comment les Hindous se distinguèrent des Dasyu, les habitants établis là depuis des temps immémoriaux, grâce aux barrières du varna, ou distinction fondée sur la couleur de la peau.
- Les cheveux blonds et les yeux bleus des Guanches constituent, selon l’auteur, une preuve importante de l’hypothèse historique voulant que les humains de type Cro-Magnon de l’âge glaciaire aient eux aussi eu les yeux bleus et les cheveux blonds. On trouve des personnes blondes non seulement chez les Européens et les Berbères, mais aussi parmi de nombreux peuples asiatiques, ainsi que chez certains Polynésiens et Amérindiens. Une grande partie des populations de type Cro-Magnon aurait perdu ce trait distinctif au cours de ses longues migrations, en se mêlant à des populations aux cheveux foncés. Toutefois, ce caractère serait resté fréquent chez les branches septentrionales des peuples indo-européens, ainsi que chez les Guanches, « oubliés de Dieu ».
- Le système esclavagiste devint une composante indispensable de la vie économique. La culture de la canne à sucre et du coton, ainsi que celle du tabac et du café, était étroitement liée à la possession d’une main-d’œuvre noire réduite en esclavage. Les planteurs, les négociants, les marchands, les armateurs, les industriels, les propriétaires d’usines, les actionnaires, des classes sociales entières, des nations et des systèmes économiques vivaient du travail des esclaves et en dépendaient.
- Jusqu’à la fin du XVe siècle, la traite des esclaves resta entre les mains des Arabes et des Portugais. Les Arabes approvisionnaient le monde oriental, tandis que les Portugais fournissaient au monde occidental de « l’ivoire noir ». On ne voyait toutefois pas encore à quel point l’esclavage et le mercantilisme allaient devenir étroitement liés. Vers la fin du siècle, le roi Jean II du Portugal fit construire plusieurs forts en Guinée. Sous leur protection, les esclaves étaient rassemblés puis transportés. Quatre-vingts ans plus tard, lorsque la colonisation de l’Amérique créa une demande considérable de main-d’œuvre servile, le Portugal mit en place à Lagos et en Angola de vastes organisations destinées au transbordement des esclaves africains vers le Nouveau Monde.
It began in Babel
Herbert Wendt
1961 by George Weidenteld and Nicolson
En anglais (version originale est en allemand)
Regard sur l’ouvrage

Un ouvrage très riche en information! J’ai voulu sélectionner des extraits de ce livre afin d’en faire ressortir les informations importantes et de les rendre accessibles sur Internet.
Selon moi, ce livre ne doit pas mourir! C’est une immense archive de recherche qui doit être extraite, discutée et partagée. Il contient beaucoup d’information pertinente et qui vibre de sens.
Pourtant, il est aujourd’hui très facile de s’opposer à quelqu’un au sujet de faits pourtant établis par des recherches historiques et anthropologiques anciennes. Certains travaux de chercheurs du passé ne sont malheureusement plus pris au sérieux, laissant place à une narration déjà dominante qui laisse peu de place à la discussion.
Je suis donc bien contente d’avoir lu un tel livre que je garde en référence pour mes propres recherches.